Entrepreneurs et fiers de l’être

Il souffle un air nouveau sur l’économie française. Les entrepreneurs sont désormais valorisés, érigés en exemple. Une opportunité pour ceux qui se lancent. Démonstration.

La dernière tendance à la mode ? La barbe façon hipster, les vacances au Monténégro, le spritz en apéro? Vous n’y êtes pas ! En 2017, le nec plus ultra des dîners, c’est de lancer l’air de rien : « Je crée ma boîte ». Ou mieux : « J’ai monté une start-up. » Et là, les regards se fixent soudain sur votre personne. Respect, admiration, envie : vous voilà érigé en nouveau héros des temps modernes, celui qui va rejoindre la cohorte des « entreprenants », prendre en main sa vie, faire du bien à l’économie du pays, démontrer que « oui c’est possible de réussir en France ». Oubliés l’administration tatillonne, les méchants concurrents et les banquiers frileux.

« Ce n’est pas un phénomène de mode, c’est une lame de fond »

Aujourd’hui, 60 % des jeunes veulent devenir entrepreneur. Un véritable phénomène de société qui a explosé sous le quinquennat Hollande. Et dont le nouvel occupant de l’Elysée, Emmanuel Macron, entend bien récolter les fruits – ne répète-t-il pas à l’envie qu’entrepreneur est un mot français ? « Les Anglo-Saxons nous l’ont volé », tacle-t-il. Rendons à Jean-Baptiste Say la paternité qui lui revient, et reconnaissons aux Français ce nouveau goût d’entreprendre : « Ce n’est pas un phénomène de mode, c’est une lame de fond », croit savoir Leonidas Kalogeropoulos, fondateur des Chantiers de l’entreprenalisme et initiateur avec le Medef des journées Les clés pour entreprendre en juin dernier. Qui ajoute avec enthousiasme : « Si on double le nombre d’entreprises en France, on résout le problème du chômage ! »

NOTRE DOSSIER >> CREATION D’ENTREPRISE

Nous y sommes : entreprendre répond d’abord à un besoin, celui de créer son emploi. Mais l’envolée du chômage ne suffit pas à expliquer cet appétit. Il s’agit aussi de réaliser une ambition : s’épanouir, grandir, réussir, voire… servir l’intérêt général. Plus de 550 000 entreprises ont été créées en France l’an dernier, soit 6 % de plus qu’en 2015, selon l’Insee. C’est à la fois le chiffre le plus élevé et la hausse la plus forte depuis 2010. Paris est en passe de doubler Londres pour le nombre de startup accueillies. Qu’est-il donc advenu dans ce pays de fonctionnaires où l’Etat a longtemps été une religion ?

« Briser la solitude des entrepreneurs »

En fait, depuis bientôt quinze ans, une succession d’événements et de décisions ont préparé le terrain et favorisé la dynamique actuelle. En 2003, la loi Dutreil sur l’initiative économique facilite la création d’entreprise en simplifiant les démarches administratives et en allégeant la fiscalité. En 2008, c’est Hervé Novelli qui crée le statut d’autoentrepreneur pour encourager le travail indépendant. 2012 : François Hollande est élu président de la République. Cela démarre mal pour les entrepreneurs avec le projet de taxation des plus-values de cession des parts de société. Le mouvement des Pigeons, porté par des vedettes du numérique tricolore, monte au créneau et fait plus qu’obtenir gain de cause : il impose la question du rôle des entrepreneurs dans l’économie et donne un écho croissant à leurs revendications. Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l’Economie numérique, sera ainsi à l’initiative de la French Tech et d’une loi avant-gardiste sur le crowdfunding.

Quant à la promesse n°1 du candidat Hollande ­ la création d’une banque publique d’investissement ­ elle est réalisée quelques mois après son élection, dans la douleur, et au prix d’intenses luttes de pouvoir, suscitant d’abord un scepticisme général. Avant de faire ses preuves, pour apparaître cinq ans après comme l’une des grandes réussites du quinquennat. Pas un candidat, lors de la campagne 2017, n’a d’ailleurs osé la remettre en cause. Dans le privé comme dans le public, le constat est unanime : sous ses couleurs jaune pétant, Bpifrance fait un excellent travail de terrain, à la fois dans le financement et l’accompagnement des entrepreneurs. L’an dernier, elle a consacré 1,3 milliard d’euros au financement de l’innovation ­ 3800 start-up en ont profité. Avec ses accélérateurs (start-up, PME, ETI) et ses fonds thématiques, elle entraîne tout l’écosystème. « Il faut briser la solitude des entrepreneurs, martèle Fanny Letier, directrice exécutive. Si l’Allemagne est en plein-emploi, c’est parce qu’elle bénéficie d’une dynamique collective. » L’ancienne dircab adjointe du cabinet d’Arnaud Montebourg à Bercy affiche un objectif ambitieux : « Avoir 2000 entreprises passées par nos accélérateurs d’ici à 2020 ». Ces programmes d’accompagnement sur-mesure font un tabac auprès des entrepreneurs. A tel point qu’ils seront déclinés à partir de septembre en différentes régions ­ Auvergne Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine et Pays de la Loire pour commencer. Le 12 octobre, pour la troisième année consécutive, Bpifrance réunira le monde tricolore de l’entrepreneuriat, lors d’une grand-messe baptisée Inno Génération. Un bon moyen d’entretenir la flamme. Et de faire passer des messages : « Créer une entreprise pour créer son emploi, c’est bien ; créer une entreprise de croissance, c’est mieux ».

Source : http://lentreprise.lexpress.fr/creation-entreprise/entrepreneurs-et-fiers-de-l-etre_1942406.html

 

 

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